Mystère harmonique non totalement résolu mais super interessant

Pourquoi le LAm et le MI vont-ils si bien ensemble ?
Compte-rendu d’enquête.

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Deux accords qui sonnent bien…sans raison apparente.

Quand on joue les accords (en boucle ou pas) LAm MI, c’est joli. Il y a comme un côté hispanique dans cette mini-progression…
Je les joue sur une guitare classique, mais ça n’explique pas tout…
Ils vont très bien ensemble alors qu’ils ne sont jamais inclus simultanément dans aucune des gammes diatoniques… Enfin, à priori.  J’ai voulu en savoir plus.


https://soundcloud.com/yves-blasquez/lam-mi-guitare-mic

Sortez le scalpel.

La question est donc : ‘Trouve-t-on ces deux accords dans la même gamme ?’
Il suffirait d’examiner toutes les gammes Majeures diatoniques pour le savoir, mais j’ai préféré laisser opérer le bénéfice du doute, et ai supposé possible que LAm et MI cohabitent dans une gamme qu’il resterait à trouver.
La démarche tient en peu de mots plusieurs tableaux. Si l’on décortique ces accords, on obtient (tableau latin / Y, pour plus de clarté) :

constitution-lam-et-mi

En réorganisant, on voit qu’on a deux fois deux notes séparées d’1Dt : si/do, et sol#/la

01

Dans une gamme diatonique, on a deux fois deux notes séparées d’un seul demi-ton, ce qui veut dire que tous les autres intervalles devront comporter 2Dt. Il manque 2 notes, on va essayer de les placer. Pour la première, re, tout va bien.

02

Reste à placer une 7ème note entre mi et le sol# : Seul le fa# convient :

03

Maintenant, on a toutes les notes. Il suffit d’harmoniser la gamme pour lister les autres types d’accords, et on en déduira la tonalité et le mode .
Et là, patatras. Parce que voilà ce que ça donne :

recherche-gamme-commune-lam-et-mi

F = Fondamentale, T = Tierce Majeure (4Dt), t = tierce mineure (3Dt).

Deux accords diminués, un augmenté : Impossible que cette gamme fasse partie de l’un des modes diatoniques dont le cycle des accords est M m m M M d, cad de l’un des modes issus de la gamme de DO Majeur

La réponse est donc claire, nette et définitive : LAm et MI n’habitent pas la même gamme. Mais peut-être existe-t-il des gammes présentant de tels intervalles ? Pour l’instant, j’ignore de le savoir :-). Je vais me contenter, pour l’instant, de mes petites et familières gammes à échelle diatonique.

Tentatives de rapprochement

Les accords LAm et MI font donc nécessairement partie de deux gammes différentes, mais sont-elles au moins voisines (voisines dans le sens de ‘proches harmoniquement’), cad dont les Toniques sont distantes d’une Quinte ou d’une Quarte ?

Eh bien la réponse est ‘non’.

Pour être plus précis : Si l’on examine toutes les gammes Majeures contenant au moins l’un de ces accords, l’autre accord est-il présent dans une gamme éloignée d’une Quinte ou d’une Quarte ?

Essai en partant de la gamme de MI Majeur.
Dans la gamme de MI Majeur, le LA est Majeur.
On monte d’une Quinte après le mi, soit le si.
Recherche dans la gamme de SI Majeur : C’est un LA#dim.
On regarde la Quarte de mi, soit la gamme de LA Majeur : Déjà en énonçant la tonalité, on sait que la réponse sera négative.

Idem, évidemment, si l’on recherche en partant d’un LAm, et en examinant les gammes adjacentes :
En LAm, le MI est également mineur
En REm, le MI est diminué
En MIm, inutile d’aller plus loin.

Alors ? C’est assez mystérieux.

J’avais accepté l’idée selon laquelle pour que deux accords s’enchaînent ‘joliment’ à l’oreille, il était nécessaire qu’ils fassent partie de la même gamme, où qu’ils appartiennent à deux gammes adjacentes. Mais là, ça ne se vérifie pas.

Ah ! Une petite lumière.

Il y a bien une piste. Les deux accords partagent une note, le mi :

partage-mi-dans-accords

Et si l’on va plus loin, la Quinte de l’un est la Fondamentale de l’autre : Il y a bien une Quinte entre le la et le mi (7Dt)

La Quinte, clé du mystère ?

Il ne reste plus qu’à essayer avec d’autres accords, voir si ça colle, en gardant la même structure ( la Quinte de l’accord mineur est la Fondamentale du Majeur). Je passe sur les détails, et donne quelques exemples :

DOm / SOL
REm / LA
MIm / SI

https://soundcloud.com/yves-blasquez/dom-sol-rem-la-mim-si-guitare-mic
ça marche à tous les coups. Normal. On ne fait que transposer ces deux accords.

Notons que si l’on joue ces accords en Majeurs, on se retrouve dans la succession des accords I et V des gammes Majeures, et donc, c’est forcément agréable à l’oreille.

Et le contraire ?
Partir d’un accord Majeur et jouer le suivant en mineur ayant la Quinte du premier pour Fondamentale ? Allez, j’essaie.
DO / SOLm
RE / LAm
FA / DOm

https://soundcloud.com/yves-blasquez/do-solm-re-lam-fa-dom-guitare-mic
Mazette ! Encore mieux ! J’en suis tout retourné. Ça sonne vraiment bien. Juste deux accords et la douce nostalgie des moments précieux est là. 🙂

Pour terminer

Bon, j’ai trouvé des trucs sympas, ouvert de nouvelles pistes pour la composition, déniché peut-être un moyen de moduler très pratique (à tester) mais je n’ai pas vraiment éclairci ce mystère, sinon que la Quinte d’un accord peut servir à en introduire un autre, faisant partie d’une gamme assez éloignée…

Une fois de plus, je prends acte de la petitesse de mes connaissances en ce domaine, et ai grand’peine à mesurer le chemin encor à parcourir (Pouvez recopier cette phrase magnifique, j’ai pas de copyright).

Un avis, une opinion ?

SI vous êtes arrivé jusque-là, merci de votre patience. Avis émanant de kadors du solfège bienvenus. 🙂

Une suite ? Ici : Mystère harmonique (2) totalement résolu !


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Auteur : Yves Blasquez

Autodidacte donc curieux, j'ai toujours préféré les chemins de traverse aux nationales. Mes différents sites disséminés sur la toile racontent mes promenades.

12 réflexions sur « Mystère harmonique non totalement résolu mais super interessant »

  1. Bonjour Yves,
    Lecture un peu dure pour un dimanche matin… et comme c’est le jour du Seigneur, je confesse que je n’ai pas tout compris… euh plutôt que je n’ai rien compris. Mais je persisterai dans ces lectures de hiéroglyphes, un jour la lumière viendra…
    Bon dimanche

    Aimé par 1 personne

  2. Hello Sylvie
    Je te pardonne 😉
    Mes compte-rendus d’exploration sont parfois assez déroutants, et je les assume complètement. Que veux-tu : Je ne sais pas me contenter de ce qui a déjà été écrit, il faut que je trace mon propre sillon. Et il n’est pas facile à suivre, ce sillon, pour qui n’a pas cheminé avec moi depuis le début.

    Mais peut-être un de mes autres blogs te paraîtra plus ‘conventionnel’ (Il me semble que tu y es déjà venue, mais dans le doute.. ):
    https://mestrucsenvrac.wordpress.com/

    Merci en tout cas de ton com’, et bon dimanche à toi.
    Yves

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  3. Vous partez du principe que la gamme doit être diatonique.
    – « Ils vont très bien ensemble alors qu’ils ne sont jamais inclus simultanément dans aucune des gammes diatoniques… »
    – « Dans une gamme diatonique, on a deux fois deux notes séparées d’un seul demi-ton, ce qui veut dire que tous les autres intervalles devront comporter 2Dt. »
    Pourquoi faudrait-il que la gamme soit forcément « diatonique » ?
    Forcément, en limitant ainsi le champ, vous arrivez à une première conclusion (erronée) :
    – « La réponse est donc claire, nette et définitive : LAm et MI n’habitent pas la même gamme. »

    Il suffit de considérer que tous les VI et VIIe degrés de la gamme mineure sont mobiles.

    Ainsi, la gamme de la mineur est :
    la, si, do, ré, mi, fa (ou fa#), sol (ou sol#), la
    -> Ceci pour faire apparaître une *sensible* (sol#) – la sensible est la note située un demi-ton plus bas que la tonique. (On ne hausse le VIe degré que pour « aller dans le même sens », monter avec la sensible vers la tonique, et éviter ainsi une seconde augmentée entre VI et VII).
    -> Si cette opération n’existe pas en Majeur, c’est parce que le VIIe degré est DEJA sensible (il est déjà 1/2 ton plus bas que la tonique). La gamme majeure n’a donc pas de nécessite à être mobile.

    l’accord de la est la-do-mi. Il reste inchangé puisqu’il n’y a ni fa ni sol dedans.
    l’accord de mi, lui, se présente sous deux formes : mi-sol-si OU mi-sol#-si.
    Voilà les accords que vous avez joué…

    Tout simplement 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Rebonjour, Vincent.
      Vous m’en avez plus appris avec votre commentaire à propos des gammes mineures harmoniques que tout ce que j’ai pu en comprendre jusqu’à présent. Mille mercis.
      Bine évidement, je corrigerai prochainement mon article à la lumière de tout ceci.

      Mon errement a au moins eu un avantage : Celui de m’apporter une réponse par le biais de votre intervention.

      Très cordialement
      Yves

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      1. Tant mieux alors.

        Attention à une chose : je ne parle pas du mineur harmonique, mais du mineur « tout court ».

        Mélodique, harmonique,… de quoi parle-t-on ?
        -> Dans le cas que vous avez trouvé (lam, MiM), il s’agit d’ajouter une sensible dans l’accord de dominante (un sol# dans l’accord de mi, le rendant ainsi majeur). C’est la raison pour laquelle on utilise le mot « harmonique » : c’est bien pour colorer un accord (donc l’*harmonie*) avec la sensible qu’on utilise le sol# – le sol# étant ensuite naturellement « attiré » vers la tonique (grâce à la distance de demi-ton que vous avez identifiée).
        Harmonique = avec sensible.
        -> Dans des lignes *mélodiques*, il arrive que le sol#, attiré vers le la (la sensible vers la tonique), soit précédé d’un fa (ligne mélodique : fa-sol-la). Comme on hausse le sol# pour avoir cette attraction sensible-tonique, il apparaît une seconde augmentée entre fa et sol#. C’est pour « corriger » cela qu’on hausse également le fa. On obtient alors fa#-sol#-la. Uniquement des tons et des demi-tons. C’est le « mineur mélodique ».
        En descendant (la sol fa), cette attraction n’existe plus (on quitte la tonique, on n’y va pas), et on revient alors souvent (mais pas toujours) sur les degrés non-haussés naturels (non-haussés).

        Important : les mots « naturel », « harmonique », « mélodique » ne servent donc qu’à qualifier des « variantes » de la *gamme* mineure (celles que l’on obtient, justement, en haussant ou pas les VI et VIIe degrés). On pourra, selon la situation, les utiliser toutes au cours d’un même morceau. C’est pourquoi il vaut mieux considérer simplement que le mode mineur contient des degrés mobiles, et donc qu’il est « flexible », plutôt que de considérer qu’ « on est en mineur harmonique », ce qui n’a pas vraiment de sens (sauf si on joue une gamme et pas de la musique ;-)).

        Aimé par 1 personne

        1. Cette ‘flexibilité’ m’avait échappée. Pas en tant que structure, mais en terme d’utilité ( (sauf si on joue une gamme et pas de la musique ;-))., j’étais en plein dedans)

          Il semble que cet écart de de deux Dt demi-ton entre la sensible et la Tonique existe également pour les modes dorien, phrygien, mixolydien et locrien. Peut-on admettre, dans ces cas également, qu’on puisse altérer en dièse la note de degré VII pour en faire une sensible ?

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          1. Le mode dorien est le mode de ré : RE-MI-FA-SOL-LA-SI-DO-RE
            soit : T-D-T-T-T-D-T (T pour Ton et D pour Demi-ton).

            On peut le considérer comme mode MINEUR, parce qu’il commence par une tierce mineure (T-D).
            Il est très ressemblant au mode de LA. Imaginez le mode de LA (mode mineur) auquel on hausse le VIe degré mais pas le VIIe -> vous obtenez le mode de RE. Une seule petite différence donc.
            (D’ailleurs, au début du système tonal, on trouve souvent ce mode en mineur, « à la place » du mode de la.)

            A l’origine de la musique modale, tout n’était pas forcément figé (pas autant qu’aujourd’hui – la pléthore de théories, traités, sites internet 😉 contribuent sans doute à figer les choses). Un peu comme dans le mode mineur (« d’aujourd’hui »), on altérait sur certaines notes, parfois mais pas toujours, pour border au demi-ton ou pour éviter des intervalles compliqués (FA-SOL-LA-SI, par exemple, fait entendre une quarte triton assez exposée… En altérant le Si en Sib, on obtient alors une quarte juste, plus facile à chanter, plus « naturelle »). En Dorien, selon qu’on montait (LA SI DO RE) ou qu’on brodait sur le LA (LA SIb LA), on utilisait ou non le bémol.

            On retrouve ces altérations également dans les autres modes antiques (qui ne sont pas exactement ceux que vous citez, mais si on se met en plus à parler musique ancienne, ça va devenir très compliqué :D).

            Pour revenir à la musique tonale, seuls les modes majeurs et mineurs « existent » en musique tonale (mais ils sont plus ou moins flexibles). La sensible est une des (nombreuses) caractéristiques de la musique tonale. Elle existe d’office en majeur (puisque cette échelle termine par un demi-ton), et peut apparaître dans le mode mineur par l’usage des degrés *haussés* (qui fait que le dernier intervalle, TON, devient un DEMI-ton).
            Evidemment, tout le jeu de l’évolution de la musique tonale consistera tout de même à assouplir et à explorer d’autres couleurs, d’autres intervalles, d’autres notes :
            -> par l’usage, au coeur d’un morceau, d’accords appartenant à une autre tonalité (c’est le fameux « emprunt »)
            -> par l’ajout de 7èmes, 9èmes, 11èmes dans les accords
            -> par l’altération de la quinte (accords de sixte italienne, allemande, francaise, de quinte augmentée…)
            -> par l’ajout d’accords (l’accord Napolitain se construit sur le IIe degré *baissé* – ce qui fait apparaître deux nouvelles notes qui n’appartiennent en principe pas à la tonalité) ou de notes altérées (le VIe degré baissé).
            -> etc … ? (j’en oublie sûrement).

            Aimé par 1 personne

            1. wow…voici qui me donne à étudier.
              Ceci me conforte dans une impression : La musique est avant tout faite pour être écoutée et donner à ressentir, et pas pour la théoriser.
              J’imprime ça, je le digère et reviendrai plus tard (j’ai le cerveau lent) pour débattre, si vous le voulez bien, de ce que j’ai capté.

              Cordialement
              Yves

              J'aime

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